vendredi 11 janvier 2008

1429.

Une nouvelle année est apparue aujourd’hui comme ont mûri les oranges amères dans la cour de ma maison. Elle n’a pas oublié de naître fraîche, et en signe de bienvenue un timide soleil rase tendrement la ville, et semble la maintenir, pour un temps, dans une paralysie cérémonielle. Pourvu que cela dure.

Cette année de l’Hégire et de mes oranges amères marquera sans doute une fois de plus la trace de ses talons dans les chemins tumultueux d’une paix encore espérée. Bonne année donc, aux amis palestiniens, libanais, égyptiens, syriens, irakiens, iraniens, et aux autres qui vous attendent.

jeudi 3 janvier 2008

Reprise

Mettre à profit. Mettre à profit le temps, ne pas en perdre de trop. J’ai dû laisser quelques miettes de minutes sur les routes, quelques instants d’insouciance assise dans un vieil amphithéâtre, quelques secondes de rêverie béate. Et puis la vie vous prend par la main, je retourne à mon bêtement quotidien.

Trois semaines, est-ce donc cela ? Trois semaines d’un temps qu’on dit précieux. Trois semaines, un certain temps pour n’être pas là, ou pas à l’endroit exactement choisi, un bâillement de trois semaines. Un espace et un temps qui se font la tête.

Reprise, donc. Travailler à réconcilier espace et temps, récupérer un à un les résidus de secondes perdues entre deux villages, retrouver des mots, en apprendre de nouveaux.

Je poursuis activement, malgré parenthèses et autres détours au chemin idéal, mon apprentissage de l’arabe. Je fais désormais un échange avec une jeune fille qui parle aussi peu le français que je parle sa langue : nous apprenons avec l’anglais pour témoin de nos imperfections vocales, elle rêve de Paris comme j’ai rêvé de Damas. Le travail est long et contraignant, mais l’envie dépasse la lassitude, et je pense pouvoir déjà remercier mes deux mois passés à risquer, un jour après l’autre, de nouveaux mots. Chouay chouay, comme on dit ici, ça viendra…

Ce voyage au creux de mes nomades incertitudes m’a volé quelques plumes et avec elles un peu du courage dont j’avais tant besoin. Je n’oublie pas que je suis à l’endroit de toutes les contradictions, elles se révèlent indispensables au bon fonctionnement d’un pays que j’ai toujours peine à comprendre.

La tâche est maintenant ardue de décrire en quelques mots l’origine de mes craintes et de mes doutes, un seul peut s’en porter coupable : Théâtre(s). Si je n’en ai pas encore parlé, c’est sans doute que mon regard sur lui change encore tous les jours, c’est sans doute que je n’ai pas encore su quel fil tirer pour en découdre… S’il est un endroit, une zone d’ombre encore cachée par des dizaines d’années de silence, dizaines d’années lentement élaborées à faire de la médiocrité un art, et de la liberté un leurre, c’est celui-là même. Les créateurs d’aujourd’hui ont trop bien appris à se taire. Pire, ils ont appris à aimer se taire, pire, ils ont appris à ne pas connaître l’existence même d’une possibilité de ne pas se taire.
Encore une fois, il me faudra griffonner un nombre de pages pour l’instant incalculable pour tenir compte (en toute objectivité ?) des ficelles qui tiennent le théâtre en Syrie aujourd’hui. Quelles tentatives de mon côté, quelles colères noires et quelles larmes, quelles curiosités et quelles découvertes n’ont pas fini de se jouer de moi comme d’une marionnette. Je suis passée par tous les états déjà, mais pas celui du renoncement. Je cherche…

Relâche

Mes chroniques vagabondes ont pris des vacances, vacances qui n’ont pas plu à mon humeur téméraire. L’Aïd a précédé Noël de quelques jours, suivis de près par le nouvel an : c’en est assez pour m’assécher. Peu de mots, en vérité, pour décrire ces moments de calme contraint, où les projets sont mis en suspension, et ma présence en instance. Pour contrer cette inactivité globale, j’ai voyagé. Les mains dans les poches et chaussures usées, je suis partie voir du pays, m’improviser touriste pour un moment que j’espère entre parenthèses, poser sereinement les yeux sur le reste du pays.

Alep étant classé dans le catalogue du déjà fait, je suis partie moins loin, à quelques dizaines de kilomètres de Damas. Homs, pour commencer, est une ville que j’ai découverte de loin, elle était mon port d’attache, duquel je partais à la découverte des antiquités et autres vieilles pierres. J’ai donc passé une journée à Hama, une ville qui avait l’habitude d’être ancienne. On dit d’elle qu’elle est calme et paisible, j’en retiens surtout le grincement strident de ses « norias » faisant concurrence aux chants du muezzin. De gigantesques roues de bois avaient l’habitude d’alimenter la ville en eau. On dit d’elle qu’elle fut rendue tristement célèbre en révélant la nature répressive d’Assad. En février 1982, 8 000 soldats ont envahi la ville pour écraser une rébellion des Frères Musulmans, un mouvement alors illégal. On parle de combats sanglants, de bombardements aériens, et d’attaques de chars. On parle de 25 000 personnes qui auraient péri suite à d’atroces massacres collectifs, dans une ville qui fut coupée du monde pendant un mois, sans eau ni électricité. Peu de traces, somme toute, de ce noir dossier qu’on préfère oublier. On a construit un Cham Palace Hôtel sur les cendres des maisons. Seules, sans doute, quelques femmes font trace du passé de leur ville : ici plus qu’ailleurs le voile noir est de rigueur.

J’ai ensuite fait route au travers des campagnes, en quête de vieilles histoires de chevaliers errants et de ruines romaines, à travers de vieux châteaux isolés dans le désert et de cités perdues, enfouies puis révélées, plus anciennes que le monde. La plus impressionnante fut la petite ville située à côté du château de Qala’at Al-Mudiq : un village que j’appelle Khattam Shud puisque les habitants qui la peuplaient ont été contrains de la quitter dans les années 50, vivant aujourd’hui dans des habitations plus modernes en contrebas. Ceci fut fait afin de permettre à une troupe d’archéologues de fouiller en toute liberté les sous-sols chargés d’histoire, ils n’en révélèrent finalement qu’un vieux temple bêtement rénové. Se promener entre ces vieux murs qui s’effondrent sous le poids de la solitude est un sentiment étrange, que traverser le temps qui passe sans le voir courir au loin. Il paraît que les villageois continuent encore aujourd’hui à venir pique-niquer en famille dans les restes de leur demeure familiale, et la petite église plus encore en ruine que le reste cache bien une petite vierge de papier pour qui aurait encore envie de s’y recueillir…

Le Djebel, cette mystérieuse montagne qui s’approche ou s’éloigne de vous sans qu’on s’en rende compte me conduit inévitablement au Crac des Chevaliers et autres châteaux de princes et princesses. Je fais alors de sages visites dans ce qui reste, et tente de déchiffrer dans les vieilles pierres les traces d’une vie quotidienne alors sans doute banale : on y mangeait sûrement ici, on dormait peut-être là…

Et puis la route, éternelle curiosité du voyageur errant. Routes sinueuses et bosselées, routes à perte de vue traversant le désert, routes qui traversent un petit village et puis un autre, arrêter la voiture le temps de déchiffrer un panneau en arabe, et repartir de plus belle, faire des vitres embuées un cadre au travers duquel la lumière décline ou s’excite, fuir la pluie ou courir après elle, chercher toujours plus après un sens à ces découvertes multiples, et n’en trouver point. Avoir l’éternité devant soi en un instant…

jeudi 20 décembre 2007

mercredi 19 décembre 2007

Alep (mettre au point).

C’est un abandon qui vous épie. Il pique au fond de la gorge.
J’ai versé mes premières larmes, elles étaient chaudes et amères.

Je partirai quelques jours à Alep.
Pour l’aventure, de nouveaux lieux encore inconnus, partir loin et voir plus près.

J’ai dormi et j’ai respiré, j’ai réfléchi et j’ai soupiré.
Alep est une jolie ville paisible dans de vieux murs de pierre blanche. Au nord du pays, elle est le croisement des marchandages turcs, kurdes et syriens. Elle tient debout toute fière de sa citadelle, et fait de jolis pieds de nez à la Damas de boue et de chaux, celle qui ne sait plus tenir ses maisons au rythme de son inflation galopante… Alep est le poumon de la Syrie, on y fabrique son savon, ses étoffes, qu’on transportera ensuite dans tous les souks du pays. Une ville de travailleurs. Il fait bon vivre les narguilés de fin de journée, les hammams qui crachent effrontément leur chaude vapeur, la purée d’aubergines (baba ghranouge, « la gâterie de papa », on s’en étonne peu, c’est plus que délicieux), les « bienvenue » dans un vieux reste d’hôtel quatre étoiles modestement nommé « le Baron », où on aime encore venir siroter une petite bière, en souvenir d’Agatha Christie chambre 28 ou quelque part par là…

C’est calme, presque trop. Mais plaisant, toutefois, de se glisser dans la peau d’une nouvelle venue, appareil photo à la main, sans s’inquiéter le moins du monde des hystéries théâtrales qui m’ont poussées à Damas. Un peu de repos était ici le but de cette petite entreprise.

C’est en partant qu’on regarde ce qu’on a laissé, je resterai trois jours avant de retrouver mon chaleureux monstrueux bazar Damascène.

lundi 17 décembre 2007

jeudi 29 novembre 2007

Apprendre

Apprendre à lire, apprendre à écrire, apprendre à parler.
Une page par mot, que tu liras de droite à gauche.
Répète après moi…

mercredi 28 novembre 2007

mardi 27 novembre 2007

Ou comment un simple claquement de doigts…

Un courant d’air somme toute, accompagné d’un petit son dur et sec. Puis plus rien. Sans doute un reste d’étonnement, une confusion qui s’attarde.

Les choses se font et se défont à la vitesse de la lumière, à Damas. Un jour, tu travailles sur un grand spectacle, celui qui fera l’ouverture d’une grande aventure, et le lendemain tout s’arrête. Un coup de téléphone, quelques sonneries tout au plus, et un verdict fatal, sans raison ni retour. Le spectacle n’aura pas lieu. Les conclusions t’appartiennent. Pas d’argent. Pas besoin, finalement, d’un objet aussi cher pour une cérémonie d’ouverture. Un joli discours suffira, peut-être une petite symphonie locale d’une demi-heure. Tu peux donc dire à tes comédiens qui répètent depuis deux semaines d’aller se changer, tu peux dire au technicien d’éteindre la lumière, au constructeur d’arrêter la machine, au metteur en scène de rentrer chez lui, et au scénographe de trouver un emploi à temps partiel dans un musée de province. Circulez, il n’y a rien à voir.

L’apprentie scénographe se frotte les yeux. De son poste d’observation des événements, elle croit faire un mauvais rêve. Elle se réveillera sans doute bientôt. Elle ne se réveille pas. Ne lui demandez pas ni pourquoi ni comment. Elle qui n’effleure que du doigt, elle qui éponge la vie théâtrale comme on éponge un surplus de gras qui s’est déposé peu à peu, que peut-elle en penser?

… Et variés.

Est-ce temps de faire sonner les premiers bilans ? Ménage de printemps du début de l’hiver, faisons tinter le cristal de mes deux petits pieds en terre arabe. C’est pour cette terre bien particulière que je suis venue, son sable et sa poussière, ses cendres et ses vieilles pierres. Chose peu aisée comme il se doit, je ne me destinai pas pour autant au nomadisme, le tourisme bédouin n’est pas ma tasse de thé. C’est du temps qu’il me faut, je me sédentarise, je prends racine. Passées les découvertes enfantines de l’Orient fantasmé, s’installe le quotidien du réveil-matin. Avoir assez de café pour demain, sa supérette du coin, le meilleur chemin pour s’y rendre. Mes yeux s’habituent à la lumière, je découvre celle, hivernale, des grands froids syriens. Ils piquent.

Quand l’enfant apprend à marcher, il veut courir. Déjà, je cours. D’ascensions vertigineuses en chutes de pression atmosphériques, je ne regarde surtout pas plus bas. Je joue l’équilibriste, un pied à Damas, l’autre dans les nuages.

En fait d’équilibrisme, Damas est sans doute la ville pour les amateurs de voltige. Je n’ai de cesse d’osciller entre grandes découvertes et déceptions amères, entre certitudes et indécisions, entre courses effrénées et calmes plats, entre mes questions et ses réponses, entre ici plus qu’ailleurs ou ailleurs plus qu’ici, pourquoi pas ? Je monte, je descends.

Mettons. Ce vertigineux plongeon dans l’albumine créatrice arabe n’est-il pas un terrain de jeu idéal pour l’apprentie scénographe que je suis ? Je me souviens mon année passée à travers des fantasmes d’un monde rêvé, au-delà de cette Méditerranée – frontière des Mille et Une Nuits et de tous les possibles. Je remplace aujourd’hui mes illusions par des réalités, j’efface les sacro-saintes distances travaillées et retravaillées par mes soins et ma valise culturelle, j’habite. Aujourd’hui alors, je questionne : n’était-ce pas cette distance, ou cette absence de l’ailleurs qui générait ma créativité ? Maintenant, me reste-t-il, en fait de distances, que celle qui me sépare de chez moi pour travailler ? En d’autres mots, est-ce l’ailleurs qui fait sens en moi ?

Une multitude de petits bouts de papiers de questions surpris par un courant d’air se posent sur l’enfant qui grandit.

jeudi 22 novembre 2007

D’hiver…

Quand il pleut à Damas on remarque qu’il fait beau ce jour-là. On devrait se réjouir, en effet, la ville commençait à suffoquer, à se rider, à craquer sous l’effet de la sécheresse. La montagne crachait ses poumons sur la ville comme pour se venger de la pollution qu’on lui inflige. Le Barada n’était plus qu’un simple filet d’eau jaune dans un lit bien trop grand pour lui. Tout n’était que poussière brune partout, cette même poussière qui donne à la ville cette teinte si particulière. Fine et insidieuse, cette voisine descendue du Qassioun s’invite facilement chez vous, s’installe confortablement, fait sa place. On finira presque par lui donner un nom…

C’est ainsi que l’on fait depuis toujours de l’eau un culte, un vice, un passe-temps, un luxe, une fierté, un leurre. Qui n’a pas construit sa maison autour d’une fontaine qu’on n’aura de cesse de remplir et de vider, de gratouiller, voire de chatouiller ? On en use et en abuse, comme pour mieux se faire croire qu’elle est un don inusable, comme pour mieux oublier que le fleuve a cessé, depuis longtemps, d’alimenter fièrement la ville.

On peut maintenant remarquer la multitude de citernes en plastique qui envahit peu à peu les toits de la ville, un fil rouge la sépare désormais du ciel. Deux robinets alimentent la maison en eau : on prend l’habitude de s’enquérir duquel est potable, l’autre servira pour la vaisselle. Chaque maison subit à sa manière les méfaits des carences de la ville. On remarque surtout de nombreux magasins d’aquariums qui égaient le quartier de leurs couleurs transparentes. Du plus petit au plus volumineux, du plus simple au plus bariolé : on adore la compagnie du poisson rouge. Est-il là lui aussi pour qu’on se souvienne ?

Que d’eau que d’eau ! Il pleut maintenant depuis deux jours sans discontinuer. J’ai peine à imaginer comment fait la ville pour absorber tout cela en si peu de temps. Une constellation de flaques profondes retrace la géographie de la ville, je sautille, j’évite les crocodiles. Les gros nuages noirs sont jalousement gardés par la montagne, on n’en voit plus le sommet. Les voitures continuent à se croire seules au monde : raz-de-marée et trombes d’eau finissent par avoir ma peau.

Ma chambre m’accueille aussi humidement que la rue : une jolie flaque orne gentiment mon carrelage, c’est qu’elle me sourirait presque ! Il me faudra subir du plic et du ploc cette nuit… Et pour ne pas faire les choses à moitié, je commence à trouver qu’il fait un peu froid, et qu’il est presque temps de faire marcher le sobia, un chouette poëlle à mazout qui est censé chauffer ma chambre cet hiver. Sous les bons conseils de mes amis les Syriens, je fais couler une bonne quantité de mazout avant de flamber, car il n’a pas servi depuis l’hiver dernier. Chose dite, chose faite. Mais voilà que le sobia s’énerve, il crache du noir. En l’espace d’un instant ma chambre est envahie d’une fumée épaisse : le tuyau fuit à l’intérieur. Je n’ai plus qu’à ouvrir mes 5 fenêtres aux vents moites et attendre que le reste du mazout se consume en fumée piquante. Le sobia, ça attendra. Je profite de l’absence de mon colocataire pour lui emprunter son petit chauffage électrique, et je m’endormirai dans les vapeurs d’essence tout en méditant sur l’invention géniale qui a remplacé en hiver la poussière de l’été : le poëlle à mazout.

mardi 20 novembre 2007

mercredi 14 novembre 2007

Nouvelle étape, nouvelles dispositions.

Un mois, donc, qu’étape après étape, d’une épreuve à une autre, je continue à mettre un pied en avant de l’autre, pour faire suivre encore un pied qui reviendra à l’avant, ainsi de suite… Ce n’est pas à pieds joints qu’on débarque en Syrie, mais pas non plus un saut dans le vide. Ou presque, car rien n’est jamais vraiment fini. Je ne marche pas pour autant dans les sables mouvants, je plane.

Je fête ce premier mois de marche par un petit pas hors de chez moi, je déménage. Je change de maison, je change de quartier, je suis cette fois chez moi. Je m’y sens bien, je fais mon trou, je prends racine, j’y suis j’y reste. Et c’est en mettant la tête dehors que je découvre un petit hammam tout à côté de la maison. Ouvert aux femmes le mardi, j’en profite. Il commence à faire bien frais à Damas, j’ai relégué mes tongs au placard et enfilé mes chaussettes, c’est la saison des bains chauds qui débute.
Une femme m’accueille à l’entrée avec une petite clé d’une petite boîte dans laquelle elle rangera mes affaires. Je vais me trouver un morceau de place parmi les femmes et les enfants qui s’agitent, et me déshabille. Il fait bon, ça sent le savon d’Alep et le sucre d’épilation, ça sent le thé et le narguilé à la pomme. Une femme me tend un morceau de boubou, une autre des claquettes humides, la dernière me prend par la main et m’entraîne dans les vapeurs. Je passe quelques minutes dans un brouillard blanc et opaque, à voir sortir par tous les pores de ma peau les journées de pollution damascène. Une grosse maman vient alors me tirer de ma torpeur vers un petit bassin. Elle me plaque par terre, m’asperge d’eau chaude des pieds à la tête, et se met à me gratter tout partout au gant de crin. Claque sur les fesses, retourne-toi. Claque sur les cuisses, me coince la main entre son bras et son sein, et que je t’enlève toute ta crasse. Attrape un pot de gel douche qui a le malheur de traîner là, et me shampouine la tête. Que d’eau, que d’eau ! J’abandonne enfin la maman à ses enfants et retourne respirer la vapeur. Je plonge rapidement dans un bain glacé, avant d’estimer que j’ai bien mérité un thé chaud et sucré.
C’est par ici que tout se passe : des vieilles dames en slip recouvrent d’argile la peau frêle de leur petite fille, d’autres ont tendu leur boubou dans un coin pour s’épiler, d’autres femmes magnifiques remettent leur voile épais avant de sortir, d’autres encore font tourner leurs bouffées de pomme en fumée… Il fait bon vivre et le temps est à côté de nous, mais c’est tout doucement qu’on finit par en sortir, l’esprit noyé et la peau douce, marcher à pas cotonneux dans les rues du quartier.
Le hammam a des allures de rituel initiatique, et j’en ferai bien une habitude. Des choses comme ça qui vous confirment de rester plus longtemps encore ici…