Je ne crois pas utile de retranscrire ici toute l’épopée de ma recherche d’appartement, je risque d’en fatiguer plus d’un, et c’est un peu comme dans un labyrinthe, on finit toujours par revenir au point de départ.
Tout commence par quelqu’un qui connaît quelqu’un qui… Les premiers personnages de mon histoire sont les Petites Sœurs de Damas, mes anges gardiennes, mes petites mamans damascènes. Elles connaissent bien, peut-être, la sœur de machin, tu sais, le fils de l’ami qui habite au coin de la rue, on m’a dit qu’elle louait une chambre chez elle, allons voir. Nous allons voir. Madame ne parle ni le français, ni l’anglais. La famille habite le rez-de-chaussée, elle loue deux chambres à l’étage. C’est une belle maison arabe, mais un souk pas croyable et très mal entretenue. La chambre est spacieuse cependant, deux fenêtres sur la rue. Passons les détails, je promets de donner ma réponse dans deux jours.
Il me reste donc deux jours pour en voir le maximum avant de me décider. Deux jours de folie furieuse, entre les chambres déjà prises par d’autres étudiants, les chambres vraiment tristes, prisons-miteuses-du-bloc-soviétique avec un chouette drapeau du président survolant la porte d’entrée, les chambres très chères… Je commence à pleurer sur mes rêves d’orient déchus, une belle maison blanche et sa petite cour ornée de fleurs et agrémentée d’une fontaine, ce n’est tout simplement pas couleur locale. Il faudra faire avec, et je suis là pour me glisser dans la vie damascène, pas pour me faire croire à ce qui n’existe pas. Damas en 2008, c’est néons fluos et peinture laquée marron-et-or, on s’y fera…
Ici intervient le premier accessoire de mon histoire : le téléphone arabe. Efficacité prouvée, grande envergure du réseau, et gratuité totale. On se contentera d’une première rencontre pour provoquer toutes les autres, en toutes situations (le milieu théâtral en est le témoin, et meilleur représentant). On se doit à cet endroit d’ajouter à notre histoire la foule de figurants anonymes, curieux passeurs d’informations (plus ou moins justes), petits pions commerçants, rôdeurs, voisins avisés ou concierges de rues. Le téléphone arabe peut être envahissant, à manipuler avec précaution.
Damas, contradiction n°2
Damas n’oublie pas ses années passées. On peut se promener dans ses rues, dans ses ruelles sans remarquer tout le talent mis à dissimuler des intérieurs somptueux, des maisons arabes tournées vers le centre, une petite cour, une fontaine, des fleurs. Il faut pour cela avoir le cran d’ouvrir une porte, et d’y glisser un regard furtif, un mar’haba (bonjour) peut-être…
Mais ce que Damas ne m’autorise pas, c’est le privilège d’une petite boite à lettres accrochée à ma maison, ce simple lien si anodin entre le dehors et le dedans, entre ici et ailleurs. Après tout, à quoi bon posséder cet objet inutile ici, le courrier, à force d’avoir été méticuleusement décharné, a fini par disparaître. Les Damascènes s’en sont fait une raison : on n’enverra à l’étranger que des cartes postales, le courrier administratif est glissé dans une enveloppe qu’on ne prendra pas la peine de fermer (à quoi bon ?). Un étranger en pays syrien utilisera donc ce qu’il appelle la valise diplomatique, une sorte de couloir parallèle qui lui permet de bénéficier d’échanges épistolaires par voie express, sans passer dans les mains de quelque curieux. La valise, accessoire essentiel de tout voyageur !
dimanche 21 octobre 2007
samedi 20 octobre 2007
15oct. 2007
Température extérieure : 20°C. Petite brume de chaleur.
Fin du ramadan, on va fêter l’aïd.
Ce qui veut dire sûrement qu’il m’est donné un jour de répit : je ne trouverai pas de carte de téléphone, le CCF est fermé, hotmail même est en veille intensive.
Damas, contradiction n°1
On raconte qu’il s’est construit une base militaire secrète au bord de la ville, non loin d’un grand bazar. Ce qui se fait se fait, si tu veux te rendre au bazar, tu demandes à ton taxi de te déposer près de la base militaire secrète. Un secret arabe, secret de polichinelle ?
Température extérieure : 20°C. Petite brume de chaleur.
Fin du ramadan, on va fêter l’aïd.
Ce qui veut dire sûrement qu’il m’est donné un jour de répit : je ne trouverai pas de carte de téléphone, le CCF est fermé, hotmail même est en veille intensive.
Damas, contradiction n°1
On raconte qu’il s’est construit une base militaire secrète au bord de la ville, non loin d’un grand bazar. Ce qui se fait se fait, si tu veux te rendre au bazar, tu demandes à ton taxi de te déposer près de la base militaire secrète. Un secret arabe, secret de polichinelle ?
on commence...
14 oct. 2007
On commence habituellement un voyage par un départ. Si départ il y a, le mien est fait pour se perdre. Des méandres administratives françaises, d’un mélange vaporeux de détails techniques, des derniers trucs à régler, des choses qu’on va laisser pour un moment vivre sans nous, avant de les retrouver au tournant d’un retour.
Pour bien faire, il faut savoir glisser. D’une porte à une autre, je serai tantôt étudiante, touriste à mes heures, demandeuse d’emploi, s’employer à rentrer dans une case, puis une autre. SDF pendant quelques mois, je glisse d’une maison à une autre pour mieux quitter les lieux, n’appartenir nulle part, être partout quelque part, une part de moi-même qui s’accroche encore avant le départ.
Je commencerai donc ce voyage par une arrivée.
DAMASCUS INTERNATIONAL AIRPORT 22 :35
Nouvelle arrivée de nuit à Damas. Il est visiblement difficile de survoler la ville le jour, cette cachottière.
L’homme qui vient me chercher en voiture m’appellera Leila. Il dit que c’est mon nom arabe. Il dit que ça veut dire nuit. Il dit que c’est plus simple.
On commence habituellement un voyage par un départ. Si départ il y a, le mien est fait pour se perdre. Des méandres administratives françaises, d’un mélange vaporeux de détails techniques, des derniers trucs à régler, des choses qu’on va laisser pour un moment vivre sans nous, avant de les retrouver au tournant d’un retour.
Pour bien faire, il faut savoir glisser. D’une porte à une autre, je serai tantôt étudiante, touriste à mes heures, demandeuse d’emploi, s’employer à rentrer dans une case, puis une autre. SDF pendant quelques mois, je glisse d’une maison à une autre pour mieux quitter les lieux, n’appartenir nulle part, être partout quelque part, une part de moi-même qui s’accroche encore avant le départ.
Je commencerai donc ce voyage par une arrivée.
DAMASCUS INTERNATIONAL AIRPORT 22 :35
Nouvelle arrivée de nuit à Damas. Il est visiblement difficile de survoler la ville le jour, cette cachottière.
L’homme qui vient me chercher en voiture m’appellera Leila. Il dit que c’est mon nom arabe. Il dit que ça veut dire nuit. Il dit que c’est plus simple.
Inscription à :
Articles (Atom)
