jeudi 22 novembre 2007

D’hiver…

Quand il pleut à Damas on remarque qu’il fait beau ce jour-là. On devrait se réjouir, en effet, la ville commençait à suffoquer, à se rider, à craquer sous l’effet de la sécheresse. La montagne crachait ses poumons sur la ville comme pour se venger de la pollution qu’on lui inflige. Le Barada n’était plus qu’un simple filet d’eau jaune dans un lit bien trop grand pour lui. Tout n’était que poussière brune partout, cette même poussière qui donne à la ville cette teinte si particulière. Fine et insidieuse, cette voisine descendue du Qassioun s’invite facilement chez vous, s’installe confortablement, fait sa place. On finira presque par lui donner un nom…

C’est ainsi que l’on fait depuis toujours de l’eau un culte, un vice, un passe-temps, un luxe, une fierté, un leurre. Qui n’a pas construit sa maison autour d’une fontaine qu’on n’aura de cesse de remplir et de vider, de gratouiller, voire de chatouiller ? On en use et en abuse, comme pour mieux se faire croire qu’elle est un don inusable, comme pour mieux oublier que le fleuve a cessé, depuis longtemps, d’alimenter fièrement la ville.

On peut maintenant remarquer la multitude de citernes en plastique qui envahit peu à peu les toits de la ville, un fil rouge la sépare désormais du ciel. Deux robinets alimentent la maison en eau : on prend l’habitude de s’enquérir duquel est potable, l’autre servira pour la vaisselle. Chaque maison subit à sa manière les méfaits des carences de la ville. On remarque surtout de nombreux magasins d’aquariums qui égaient le quartier de leurs couleurs transparentes. Du plus petit au plus volumineux, du plus simple au plus bariolé : on adore la compagnie du poisson rouge. Est-il là lui aussi pour qu’on se souvienne ?

Que d’eau que d’eau ! Il pleut maintenant depuis deux jours sans discontinuer. J’ai peine à imaginer comment fait la ville pour absorber tout cela en si peu de temps. Une constellation de flaques profondes retrace la géographie de la ville, je sautille, j’évite les crocodiles. Les gros nuages noirs sont jalousement gardés par la montagne, on n’en voit plus le sommet. Les voitures continuent à se croire seules au monde : raz-de-marée et trombes d’eau finissent par avoir ma peau.

Ma chambre m’accueille aussi humidement que la rue : une jolie flaque orne gentiment mon carrelage, c’est qu’elle me sourirait presque ! Il me faudra subir du plic et du ploc cette nuit… Et pour ne pas faire les choses à moitié, je commence à trouver qu’il fait un peu froid, et qu’il est presque temps de faire marcher le sobia, un chouette poëlle à mazout qui est censé chauffer ma chambre cet hiver. Sous les bons conseils de mes amis les Syriens, je fais couler une bonne quantité de mazout avant de flamber, car il n’a pas servi depuis l’hiver dernier. Chose dite, chose faite. Mais voilà que le sobia s’énerve, il crache du noir. En l’espace d’un instant ma chambre est envahie d’une fumée épaisse : le tuyau fuit à l’intérieur. Je n’ai plus qu’à ouvrir mes 5 fenêtres aux vents moites et attendre que le reste du mazout se consume en fumée piquante. Le sobia, ça attendra. Je profite de l’absence de mon colocataire pour lui emprunter son petit chauffage électrique, et je m’endormirai dans les vapeurs d’essence tout en méditant sur l’invention géniale qui a remplacé en hiver la poussière de l’été : le poëlle à mazout.

3 commentaires:

armelle a dit…

ouch! rafraichissantes ces petites nouvelles mais ce n'est pas une raison pour ajouter des "L" à ton poêle . à moins que tu ne rêves de t'envoler au dessus des nuages , là où il ne pleut jamais mais je t'entends déjà te plaindre que le vert de la campagne te manque et la mer aussi ... or, qui dit mer dit nuages ,évaporation,et pluie ... hé oui : la pluie c'est bien mais c'est dommage que ça mouille !

armelle a dit…

au fait j'ai oublié de te dire : nous aussi on est mouillés ! c'est la pluie chez nous aussi mais c'est bon pour les éponges ... on vient juste de revenir de la poste trempés , on ne savait pas ce qu'on allait chercher en recommandé ? finalement,c'était une lettre de toi et de madeleine qui arrivait par valise diplomatique alors on l'a lue tout de suite debout dans la poste et c'est bizarre on était complètement ailleurs en sortant . et là on s'est aperçus que tu étais une petite éponge qui absorbait , qui absorbait tant qu'elle pouvait tout ce qu'elle pouvait sans faire le tri et c'est très bien ... tu crois que ça marche la valise diplomatique pour t'envoyer des bouquins ?

Anonyme a dit…

ma poule g trop envie de venir te voir, je t'imagine là bas je t'imagine très bien d'ailleurs, merci de nous laisser te suivre dans tes peripéties. J'espère que tu te les caille pas trop.Ici la pluie et tout ben ça nous connais. Bref colmate les brèches appelle ton ramoneur de mazout et raconte nous encore des histoire des-orientées......
plein d'amour bichette