mercredi 14 novembre 2007

Nouvelle étape, nouvelles dispositions.

Un mois, donc, qu’étape après étape, d’une épreuve à une autre, je continue à mettre un pied en avant de l’autre, pour faire suivre encore un pied qui reviendra à l’avant, ainsi de suite… Ce n’est pas à pieds joints qu’on débarque en Syrie, mais pas non plus un saut dans le vide. Ou presque, car rien n’est jamais vraiment fini. Je ne marche pas pour autant dans les sables mouvants, je plane.

Je fête ce premier mois de marche par un petit pas hors de chez moi, je déménage. Je change de maison, je change de quartier, je suis cette fois chez moi. Je m’y sens bien, je fais mon trou, je prends racine, j’y suis j’y reste. Et c’est en mettant la tête dehors que je découvre un petit hammam tout à côté de la maison. Ouvert aux femmes le mardi, j’en profite. Il commence à faire bien frais à Damas, j’ai relégué mes tongs au placard et enfilé mes chaussettes, c’est la saison des bains chauds qui débute.
Une femme m’accueille à l’entrée avec une petite clé d’une petite boîte dans laquelle elle rangera mes affaires. Je vais me trouver un morceau de place parmi les femmes et les enfants qui s’agitent, et me déshabille. Il fait bon, ça sent le savon d’Alep et le sucre d’épilation, ça sent le thé et le narguilé à la pomme. Une femme me tend un morceau de boubou, une autre des claquettes humides, la dernière me prend par la main et m’entraîne dans les vapeurs. Je passe quelques minutes dans un brouillard blanc et opaque, à voir sortir par tous les pores de ma peau les journées de pollution damascène. Une grosse maman vient alors me tirer de ma torpeur vers un petit bassin. Elle me plaque par terre, m’asperge d’eau chaude des pieds à la tête, et se met à me gratter tout partout au gant de crin. Claque sur les fesses, retourne-toi. Claque sur les cuisses, me coince la main entre son bras et son sein, et que je t’enlève toute ta crasse. Attrape un pot de gel douche qui a le malheur de traîner là, et me shampouine la tête. Que d’eau, que d’eau ! J’abandonne enfin la maman à ses enfants et retourne respirer la vapeur. Je plonge rapidement dans un bain glacé, avant d’estimer que j’ai bien mérité un thé chaud et sucré.
C’est par ici que tout se passe : des vieilles dames en slip recouvrent d’argile la peau frêle de leur petite fille, d’autres ont tendu leur boubou dans un coin pour s’épiler, d’autres femmes magnifiques remettent leur voile épais avant de sortir, d’autres encore font tourner leurs bouffées de pomme en fumée… Il fait bon vivre et le temps est à côté de nous, mais c’est tout doucement qu’on finit par en sortir, l’esprit noyé et la peau douce, marcher à pas cotonneux dans les rues du quartier.
Le hammam a des allures de rituel initiatique, et j’en ferai bien une habitude. Des choses comme ça qui vous confirment de rester plus longtemps encore ici…

2 commentaires:

Lili Gayman a dit…

haaa ça à l'air génial ce hamam...
j'adore tes recits on s'y croirait...
grosses bises léa

pauline squelbut, SCENOGRAPHE PLASTICIENNE a dit…

je prends le train en route, on dirait....
ça me fait plaisir d'avoir de tes nouvelles lointaines.., ça al'air destabilisant mais tres riche, c'est même encourageant pour faire la même chose et se jeter dans la gueule du loup alias "le voyage trés loin", celui qui te transforme et te confirme aussi ce que tu es...

plein de bises mademoiselle,

pauline sceno